Les SYNDICATS dans l'UNION
EUROPÉENNE (Informations actualisées pour 2011)
Les taux de
syndicalisation sont très variables au sein
des pays membres de l’UE plus la Norvège,
allant de plus de 70 % en Finlande et en
Suède à 8 % en France. Cependant, le taux de
syndicalisation ne constitue pas le seul
indicateur de la capacité des organisations
à mobiliser les travailleurs.
Depuis quelques années,
on assiste à un recul du syndicalisme dans
la plupart des pays. Même dans les États où
il enregistre une hausse, celle-ci est
généralement moins importante que
l’augmentation du nombre de travailleurs.
Dans la majorité des pays européens, il
existe plusieurs confédérations syndicales
concurrentes, dont l’opposition repose
souvent sur un clivage politique, bien que
les différences idéologiques soient plus
ténues aujourd’hui. Les fusions de syndicats
continuent de remodeler le paysage syndical,
même si elles interviennent plus souvent au
sein des confédérations elles-mêmes.
TAUX DE SYNDICALISATION
Pour déterminer le
dynamisme du syndicalisme, il convient
d’étudier en premier lieu le taux de
syndicalisation, qui définit la part des
travailleurs qui sont membres d’un syndicat.
Dans certains pays, les statistiques de
syndicalisation sont recueillies dans le
cadre d’enquêtes plus larges sur le marché
du travail. Dans d’autres, elles sont
établies à partir du nombre d'adhérents
publié par les syndicats eux-mêmes. Les
données, en particulier lorsqu’elles
reposent sur les effectifs syndicaux, ne
sont pas toujours précises, soit parce que
les syndicats eux-mêmes ne publient pas de
statistiques détaillées, soit parce que les
chiffres publiés incluent des membres qui ne
sont pas actifs - retraités, étudiants ou
chômeurs. Nous présentons néanmoins des
estimations pour chaque pays (voir tableau).
Ces chiffres
1
révèlent de grandes disparités dans
les taux de syndicalisation au
niveau européen, allant de 74 % des
travailleurs en Finlande et 71 % en
Suède à 9 % en Lituanie et 8 % en
France. Précisons toutefois que le
taux de syndicalisation n’est pas le
seul indicateur du poids des
syndicats. En Espagne, par exemple,
celui-ci se reflète dans la forte
participation aux élections des
comités d’entreprise. En France,
malgré de faibles taux de
syndicalisation, les syndicats ont
démontré à maintes reprises leur
capacité à mobiliser avec succès les
travailleurs dans des grèves et des
manifestations de masse.
Dans l’ensemble de l’Union, le taux
de syndicalisation moyen, pondéré
par le nombre de travailleurs des
différents États membres, est de 23
%. Cette moyenne est abaissée par
les taux de syndicalisation
relativement faibles observés dans
certains grands pays européens,
comme l’Allemagne (20 %), la France
(8 %), l’Espagne (16 %) et la
Pologne (15 %). Les trois plus
petits États - Chypre, Luxembourg et
Malte - affichent des taux très
supérieurs à la moyenne.
Les trois premières places sont
occupées par les pays nordiques -
Danemark, Suède et Finlande - où
environ 70 % des travailleurs sont
syndiqués. Cela s’explique en partie
par le fait que - comme en Belgique,
dont le taux de syndicalisation est
également supérieur à la moyenne
européenne - les prestations de
chômage et autres prestations
sociales sont normalement versées
par le syndicat, bien que de récents
changements dans le système de
prestations de chômage suédois aient
eu un impact négatif sur le taux de
syndicalisation. Cela dit, le niveau
de syndicalisation dans les pays
nordiques traduit également une
conception selon laquelle l’adhésion
à un syndicat est une composante
naturelle de l’emploi, comme le
montre la proportion relativement
élevée de travailleurs syndiqués -
environ 53 % - en Norvège, où les
prestations de chômage ne sont pas
versées par les syndicats.
Pays
Pourcentage de
travailleurs syndiqués
(%)
Finlande
74
%
Suède
71
%
Danemark
67
%
Chypre
55
%
Belgique*
54
%
Norvège
53
%
Malte
48
%
Slovénie*
41
%
Luxembourg*
40
%
Roumanie*
34
%
Irlande
34
%
Italie*
33
%
Autriche*
32
%
Royaume-Uni
27
%
Grèce*
23
%
Pays-Bas
22
%
République tchèque*
21
%
Bulgarie
20
%
Allemagne*
20
%
Portugal
20
%
Slovaquie
20
%
Hongrie
17
%
Espagne
16
%
Pologne
15
%
Lettonie
14
%
Estonie
10
%
Lituanie
9
%
France
8
%
Total UE*
23
%
Dans les autres pays, les syndicats
sont confrontés à un climat plus
hostile, ce qui apparaît clairement
dans certains des nouveaux membres
d’Europe centrale et de l’Est, où
les taux de syndicalisation se
situent généralement dans le peloton
de queue européen. Dans sept de ces
dix États, dont la Pologne, où l’on
estime le pourcentage de
travailleurs syndiqués à 16 %, le
taux de syndicalisation est
inférieur à la moyenne européenne.
Il est toutefois à noter que la
Slovénie, avec un taux de
syndicalisation de 41 %, et la
Roumanie, où ce taux est estimé à 34
% (mais à 50 % environ selon des
sources syndicales), occupent
clairement le haut du tableau.
Si les taux de
syndicalisation sont très variés, leur
évolution l’est en revanche beaucoup moins.
Seuls sept pays sur les 27 membres de l’UE
plus la Norvège - Belgique, Chypre, Italie,
Luxembourg, Malte, Norvège et Espagne - ont
vu le nombre de syndiqués augmenter au cours
des dernières années et même dans ces pays,
cette hausse est inférieure à la croissance
globale de l’emploi, ce qui implique une
diminution du taux de syndicalisation.
L’Irlande a également enregistré une
augmentation du taux de syndicalisation ces
dernières années, même s’il a accusé un
recul suite à la crise économique de 2009.
Mais comme l’emploi a diminué plus
rapidement, le taux de syndicalisation est
passé de 32 % à 34 % entre 2007 et 2009.
Dans le reste de l’UE, le taux de
syndicalisation est en baisse. Le recul est
plus marqué dans les pays d’Europe centrale
et de l’Est, principalement en raison de la
restructuration industrielle et d’une
évolution majeure du rôle des syndicats.
Mais on constate la même tendance dans les
pays d’Europe de l’Ouest. En Allemagne, par
exemple, la principale confédération
syndicale, le DGB (Deutscher
Gewerkschaftsbund, Confédération allemande
des syndicats), a perdu 48 % de ses membres
depuis 1991 - année où elle a atteint un
niveau record - majoritairement dans
l’ancienne Allemagne de l’Est. Les rangs des
syndicats portugais se sont également
clairsemés, mais les statistiques sont ici
moins précises. Au Royaume-Uni, où le taux
de syndicalisation a fortement diminué dans
les années 80 et dans la première moitié des
années 90, le nombre de membres s’est plus
ou moins stabilisé, avec néanmoins une
baisse du taux de syndicalisation.
L’augmentation récente
du nombre de syndiqués au Royaume-Uni est
principalement due à la croissance de
l’emploi dans le secteur public, où les
syndicats sont traditionnellement plus
forts. D’ailleurs, c’est un point commun à
la plupart des pays européens, à l’Est comme
à l’Ouest : le taux de syndicalisation est
plus élevé dans le secteur public que dans
le secteur privé. En France, par exemple,
les chiffres officiels pour la période
allant de 2001 à 2005 montrent que 15,2 %
des travailleurs directement employés par
l’État étaient syndiqués, contre 5,0 % dans
le secteur privé. 2
En Pologne, une étude menée en 2008 a
démontré que les domaines de l’éducation, de
la recherche scientifique et de la santé,
qui relèvent largement du secteur public,
comptaient le taux de syndicalisation le
plus élevé avec 25 %.
3 De même,
en Suède, les taux de syndicalisation les
plus élevés se rencontrent dans le secteur
public, à savoir les administrations locales
et régionales - 85 % pour les travailleurs
non manuels et 83 % pour les travailleurs
manuels - tandis que les taux les plus
faibles ont été enregistrés dans le secteur
tertiaire privé, plus précisément le
commerce de détail et de gros - 57 % pour
les travailleurs non manuels et 59 % pour
les travailleurs manuels.
4 Aux
Pays-Bas, le taux de syndicalisation en 2009
était, là aussi, plus important dans
l’administration publique (36 %, alors qu’il
n’était que de 11 % dans le secteur de
l’hôtellerie et de la restauration).
5
Le taux de syndicalisation varie selon les
sexes. Précisons toutefois que ces
statistiques ne sont pas disponibles pour la
plupart des pays et sont influencées par de
nombreux facteurs, tels que le travail à
temps partiel ou les secteurs dans lesquels
les femmes et les hommes sont employés. En
Espagne, par exemple, une enquête réalisée
en 2007 par le gouvernement a montré que les
hommes (avec un taux de syndicalisation de
21,7 %) étaient plus susceptibles d’être
syndiqués que les femmes (16,7 %), bien que
l’écart entre les deux groupes se réduise.
6 En
Suède, à l’inverse, l’étude LO mentionnée
précédemment indique que le taux de
syndicalisation est plus élevé chez les
femmes que chez les hommes (74 % contre 69
%).
STRUCTURES SYNDICALES
Les confédérations
syndicales, qui constituent les organes
supérieurs des syndicats au niveau national,
sont organisées selon des modalités très
diverses dans les différents pays de l’UE.
Il existe une confédération syndicale unique
regroupant la totalité ou la quasi-totalité
des adhérents dans seulement cinq pays :
Autriche, Irlande, Lettonie, Slovaquie et
Royaume-Uni. On retrouve un schéma très
similaire en Allemagne et en Grèce. En
Allemagne, outre l’hégémonique DGB, il y a
le DBB (Deutscher Beambtenbund, Syndicat
allemand des fonctionnaires), qui regroupe
un grand nombre de salariés du secteur
public, ainsi qu’une confédération
chrétienne, beaucoup plus petite. En Grèce,
une confédération - la GSEE (Geniki
Synomospondia Ergaton Ellados, Confédération
générale grecque du travail) - est présente
dans le secteur privé et une autre - l’ADEDY
(Anotati Diikisis Enoseon Dimosion
Ypallilon, Confédération des syndicats des
fonctionnaires publics) - dans le secteur
public.
Dans cinq pays d’Europe du Nord - Danemark,
Finlande, Norvège, Suède et, dans une
moindre mesure, Estonie - les confédérations
sont organisées par catégorie
professionnelle : travailleurs manuels,
travailleurs non manuels et travailleurs
diplômés (cette dernière catégorie n’est pas
représentée en Estonie, où la distinction
entre travailleurs manuels et non manuels
n’est de toute façon pas toujours très
marquée).
Le mode d’organisation le plus courant
comprend plusieurs confédérations, dont la
rivalité est d’ordre politique ou religieux,
du moins à l’origine. On le retrouve dans 16
pays : Belgique, Bulgarie, Chypre,
République tchèque, France, Hongrie, Italie,
Lituanie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas,
Pologne, Portugal, Roumanie, Slovénie et
Espagne.
Toutefois, l’origine de ces rivalités varie
selon les différentes zones de l’Europe. En
Europe de l’Ouest et dans les États
insulaires de la Méditerranée, le clivage se
situe entre les confédérations dont les
divergences sont apparues pendant la guerre
froide, voire bien plus tôt. C’est ce qu’on
observe, par exemple, en Belgique, en
France, en Italie, au Portugal, à Chypre et
à Malte, bien que dans la plupart de ces
pays, les raisons politiques ayant mené à
cet antagonisme soient plus ténues
aujourd’hui. En Europe centrale et de l’Est,
l’une des principales lignes de fracture se
situe entre les confédérations issues de la
structure syndicale officielle réformée de
la période communiste - la KNSB
(Confédération des syndicats indépendants de
Bulgarie) en Bulgarie ou l’OPZZ (Entente
nationale des syndicats) en Pologne - et les
confédérations qui ont été créées par
l’opposition au gouvernement de l’époque -
la Podkrepa (Confédération du travail) en
Bulgarie et le NSZZ Solidarność (Syndicat
indépendant et autonome Solidarność) en
Pologne.
Il existe d’autres ramifications. En Italie,
en Espagne et au Luxembourg, de nombreux
syndicalistes sont regroupés au sein de
confédérations sectorielles - dans le
secteur financier en Italie, dans
l’administration publique en Espagne et dans
ces deux branches au Luxembourg. En Slovénie
et en Hongrie, la structure des
confédérations syndicales est à la fois
politique et sectorielle. Aux Pays-Bas, en
plus de la FNV (Federatie Nederlandse
Vakbeweging, Confédération syndicale des
Pays-Bas), née de la fusion entre des
confédérations socialistes et catholiques,
et de la CNV (Christelijk Nationaal
Vakverbond, Fédération nationale des
syndicats chrétiens), issue de la tradition
protestante, il y a une troisième
confédération, le MHP, créée à l’origine
pour représenter les cadres. En Espagne,
certaines confédérations syndicales sont
purement régionales, témoignant d’une
demande d’autonomie renforcée, voire
d’indépendance.
Il existe peu d’indications permettant de
savoir si ces divisions disparaîtront dans
un futur proche. En 2007, les projets en
Roumanie et en Lituanie de former de
nouvelles alliances entre les confédérations
syndicales en vue d’une éventuelle fusion
n’ont pas abouti, de même que les
discussions concernant une fusion entre deux
confédérations françaises, la CFE-CGC et
l’UNSA, engagées en 2008 et début 2009.
Par contre, au sein même des confédérations,
les syndicats ont toujours eu tendance à
fusionner. Parmi les principaux syndicats
européens, certains sont directement issus
de fusions réalisées au cours des dix
dernières années : par exemple, Verdi,
deuxième syndicat allemand, créé en 2001 ;
Fagforbundet, premier syndicat norvégien,
créé en 2003 ; 3F, premier syndicat danois,
créé en 2005 ; Unite, premier syndicat
britannique, créé en 2007 ; Unionen,
deuxième syndicat suédois, créé en 2008.
Plus récemment, PRO-GE, deuxième syndicat
autrichien, est né d’une fusion en 2009.
Cela dit, ces fusions ne vont pas sans poser
de problème, comme le prouve l’expérience
finlandaise, qui a vu l’échec de deux
projets de fusion en 2009 et 2010. Seuls
quelques-uns des syndicats concernés ont
finalement fusionné.
Quoi qu’il en soit, dans certains pays, la
structure ne repose pas sur des syndicats
forts qui opèrent par le biais de réseaux au
niveau local, comme c’est le cas en
Allemagne et au Royaume-Uni par exemple. À
la place, on retrouve comme élément de base
le syndicat présent sur le lieu de travail,
qui rejoint ensuite d’autres organismes
similaires pour former des fédérations de
secteur ou des groupements régionaux, qui, à
leur tour, vont s’affilier aux
confédérations. On retrouve des exemples de
ce processus en France, en Roumanie, au
Portugal, en Grèce et en Pologne (hormis
Solidarność).
1.Voir tableau
ci-dessous pour le détail des sources.
2.DARES, Le paradoxe
du syndicalisme français : un faible
nombre d’adhérents, mais des syndicats
bien implantés, avril 2008.
3.Członkostwo w
związkach zawodowych. Naruszenia praw
pracowniczych i „szara strefa” w
zatrudnieniu, Centrum Badania Opinii
Społecznej, 2009.
4.
Mats
Larsson, Facklig anslutning år 2009, LO,
2009.
5.Organisatiegraad
van werknemers 1995-2009, CBS, 2010 :
http://www.cbs.nl/nl-NL/menu/themas/arbeid-sociale-zekerheid/cijfers/incidenteel/maatwerk/2010-organisatiegraad-werknemers-cm.htm
6.
Encuesta de la Calida de Vida en el
Trabajo, 2007.